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ANCIEN PATRIARCAT D'ANTIOCHE

Lors de la venue de Jesus-Christ, le prosélytisme juif et son action profonde sur les esprits sérieux du paganisme avaient créé un mouvement d'opinion favorable aux idées fondamentales à la nouvelle religion et préparé les voies à la diffusion des principes chrétiens. C'est surtout parmi les païens que se répandit la parole de vie et se forma la communauté religieuse d'Antioche. Entrés directement dans le bercail du christianisme, sans passer par la porte des observances judaïques, ces premiers chrétiens supportaient mal la circoncision, le repos sabbatique et autres pratiques légales que voulaient leur imposer les convertis de la Synagogue. Le baptême du centurion Corneille et les tendances libérales, dont saint Pierre fit profession à l'égard des Gentils,occasionnèrent des disputes entre les deux fractions de la communauté antiochienne. Paul et Barnabé prirent ouvertement parti contre les observances légales et portèrent les doléances des fidèles sortis du paganisme devant le Concile assemblé à Jérusalem. Celui-ci ratifia les innovations des deux apôtres missionnaires et proclama l'affranchissement absolu des Gentils vis-à-vis du joug de la loi. Peu après, le nom de chrétien, donné aux disciples de Jésus-Christ, accusa davantage la scission entre l'Eglise et la Synagogue et libéra complètement celle-là du fardeau mosaique. Antioche est donc le berceau de l'Eglise libre, la vraie métropole du christianisme indépendant; honneur que ne saurait lui disputer la communauté du mont Sion, restée fidèle au Temple et à la Loi, jusqu'à la prise de Jérusalem par Titus. Une gloire plus grande encore fit ressortir de bonne heure les privilèges d'Antioche et l'éleva au-dessus des autres sièges apostoliques. Une tradition constante, consignée dans les écrits d'Origène, d'Eusèbe, de saint Jérôme, de saint Jean Chrysostome, attribue à saint Pierre la création du siège épiscopal d'Antioche, vers l'an 37. Cest à ce séjour du Prince des apôtres dans la capitale de la Syrie, que nous devons rapporter le conflit survenu entre lui et saint Paul au sujet des rapports avec les Gentils. Pierre  resta sept ans sur le siège d'Antioche, au témoignage d'Eusèbe dr Césarée, et laissa pour successeur saint Evodius. Au V° siècle, Antioche essuya divers assauts des nestoriens et des eutychiens, qui morcelèrent son territoire et lui ravirent plusieurs provinces orientales.

Formation et composition du patriarcat d'Antioche

 

Son double titre de siège apostolique fondé par saint Pierre et de capitale de l'Orient valurent à l'Eglise d'Antioche un respect et une autorité qu'elle partageait avec très peu d'autres;  toutefois, jusqu'a la fin du second siècle, les textes sont muets sur la juridiction métropolitaine et primatiale, dont elle jouit plus tard. Il y avait aux premiers temps une perpétuelle circulation d'apôtres, de missionnaires, de prophètes, de docteurs, dont le ministère n'avait rien de local ni de fixe, qui allaient et venaient d'une chrétienté à l'autre, rayonnaient dans toute les directions pour porter l'Evangile là où il n'avait pas pénétré, pour encourager, instruire, défendre les communautés naissantes et peu affermies. Les premiers temps passés.... il ne reste plus que que les organisations écclésiastiques locales. C'est de celles-ci que devait sortir l'expression hiérarchique de l'unité de l'Eglise, en même temps que les organes de son gouvernement oecuménique et provincial. Cette organisation ecclésiastique exiges beaucoup de temps, à une époque surtout où le pouvoir civil se montrait à l'égard de la nouvelle religion particulièrement ombrageux. On se basa d'ordinaire sur les provinces civiles pour tracer les circonscriptions écclésiastiques, et le jour vint bientôt ou chaque ville posséda son évêque. L'ensemble des évêchés formait une province soumise au métropolitain. Cependant, ces délimitations territoriales n'obtinrent tout leur effet que vers le IV° siècle et seulement dans l'empire oriental, car en Occident la marche du christianisme fut entravée par toutes sortes d'obstacles. A l'époque qui nous occupe, c'est-à-dire dans les deux premiers siècles, le groupement est plutôt contraire à la distribution des provinces, il est purement géographique. Les évêques de la côte méridionale, au-dessous du Liban, sont plus rapprochés de Césarée que d'Antioche : ils viennent à Césarée. Vers la fin du II° siècle, un Concile à propos de la querelle pascale groupe les évêques de Césarée, d'AElia, de Ptolémaïs, de Tyr et quelques autres, dont on ignore les sièges. Or, Tyr et Ptolémaïs appartenaient alors à la province de Syrie ( bientôt après à la nouvelle province de Phénicie ) tandis qu'AElia et Césarée étaient dans la province de Palestine. Il est à noter aussi que dans leur lettre synodale, dont Eusèbe nous a conservé un fragment, ils déclarent qu'ils ont l'habitude de s'entendre avec l'évêque d'Alexandrie pour fixer la date de Pâques.  Aucune trace de relations avec la métropole de la Syrie. 

Antioch saint pierre church altar

Antioche étend pourtant le rayon de son influence par delà les frontières de la Syrie. Vers la fin du II° siècle, Sérapion, évêque de cette ville, 190-211, intervient comme métropolitain dans une question religieuse qui divisait la communauté de Rhossos en Cilicie. Un fragment de son ouvrage, le "De Evangelio Petri ",adressé à cette Eglise, puis inséré par Eusèbe dans son " Histoire ecclésiastique " est parvenu jusqu'à nous; il nous apprend que Sérapion avait  déja visité l'Eglise de Rhossos pour examiner sa foi, et qu'il devait y retourner dans le dessein de mettre un terme aux dissensions religieuses des fidèles. La tradition d'Edesse rapporte également que ce même Sérapion aurait ordonné Palout, troisième évêque de cette ville, alors indépendante de l'Empire. Depuis le milieu du III° siècle, des groupements plus significatifs se dessinent autour de la métropole de la Syrie. A diverses reprises, on y voit réunis les évêques de toute la Syrie et de l'Asie Mineure orientale, de ce qui sera bientôt le diocèse de Pont. Dès l'année 251, nous avons connaissance d'un Synode qui devait se tenir à Antioche. Les promoteurs de cette réunion étaient les évêques de Tarse, de Césarée en Palestine et de Césarée en Cappadoce. Quelques années après en 256, Denys d'Alexandrie passant en revue les Eglises d'Orient qui avaient été agitées par le conflit, nommé Antioche, Césarée de Palestine, AElia (Jérusalem), Tyr, Laodicée de Syrie, Tarse et Césarée de Cappadoce. Un peu plus tard, de 264 à 268, l'affaire de Paul de Samosate occasionna plusieurs réunions d'évêques à Antioche et dans l'intérêt de cette Eglise. Ils viennent toujours des mêmes provinces, depuis le Pont Polémoniaque ( Néocésarée ) et la Lycaonie (Iconium), jusqu'à l'Arabie (Bostra) et à la Palestine (Césarée, AElia). Au lendemain de la persécution de Galère et de Maximin, un Concile, célébré à Ancyre, sous la présidence de l'évêque d'Antioche réunit une quinzaine d'évêques des mêmes pays encore; cette fois-ci, les provinces de Galatie, de Bithynie, de Phrygie, de Pamphilie, sont représentées; mais l'Asie proprement dite reste encore en dehors du groupe. Ce groupe, c'est comme le noyau de ce qui s'appelle, au IV° siècle, l'épiscopat d'Orient, sans cesse en lutte, à propos de personnes et de formules, avec les évêques d'Occident et d'Egypte. La désignation qu'il porte lui vient de son chef incontesté, l'évêque d'Antioche, de cette grande ville qui était alors la capitale de l'immense diocèse d'Orient, la résidence du comes Orientis et de l'empereur d'Orient lui-même, depuis Constance, Nicomédie avait eu naguère ce dernier privilège; de hautes destinées furent ménagées par Constantin à sa nouvelle Rome,mais elle dut les attendre quelque temps encore. Jusqu'à Théodose, Antioche demeura la reine de l'Orient, le centre de gravité de l'empire grec et sa principale métropole ecclésiastique.Les vieilles Eglises d'Asie et les chrétientés du diocèse de Thrace furent entrainées dans cette orbite. Alexandrie s'y refusa. L'opposition d'Athanase aux Conciles orientaux fut chaudement soutenue par les Egyptiens. Leur rancune  contre la Syrie remontait presque à l'origine du monde. On les avait rangés dans l'obédience du comte d'Orient. Il fallut se résigner à leur accorder un dignitaire du même degré : le préfet Augustal fait son apparition sous Théodose. On avait prétendu leur imposer des évêques venus d'Antioche et ordonnés par le métropolitain de cette ville. Il s'obtinèrent et finirent par avoir raison, sur ce point encore, de toutes les résistances impériales. Tout le monde sait que, sous Dioclétien, l'empire d'Orient comprenait les quatre diocèses d'Orient, de Pont, d'Asie et de Thrace, ayant pour métropoles les villes d'Antioche, Césarée, Ephèse et Héraclée. Ces divisions majeures groupaient sous leur juridictions toutes les provinces d'Orient dont la plupart venaient d'être réorganisées. L'Egypte était encore placèe sous l'obédience du comte d'Orient au point de vue administratif, et elle n'obtint son indépendance que sous Théodose; au point de vue ecclésiastique, les évêques  d'Alexandrie n'avaient jamais reconnu la juridiction des prélats d'Antioche et jouissaient sur eux d'un certain droit de préséance. Cette situation des quatre divisions civiles de la province égyptienne fut reconnue et confirmée par le sixième Canon de Nicée,325, dans les termes suivants: L'ancienne coutume, en usage en Egypte, dans la Libye et la Pentapole, doit continuer à subsister, c'est-à-dire que l'évêque d'Alexandrie aura juridiction sur toutes ces provinces, car il y a le même rapport que pour l'évêque de Rome. On doit  de même conserver aux Eglises d'Antioche et des autres Eparchies les droits quelles avaient auparavant.

 

 

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Le Concile ne fait aucune innovation, il constate et confirme de son autorité souveraine les droits accordés à certaines Eglises par une coutume immémoriale. Il n'est pas aisé de reconnaître les droits dont parle l'assemblée; néammoins on peut affirmer que les Pères veulent conserver à Alexandrie une position exceptionnelle, et lui assurer sur les évêques et les métropolitains du futur diocèse d'Egypte des pouvoirs aussi étendus que ceux de Rome, sur les divers diocèses de l'empire occidental. En est-il de même du siège d'Antioche. Malgré les termes plus obscurs employés par les Pères du Concile, nous croyons que le sixième Canon de Nicée reconnait et garantit à l'évêque d'Antioche sur les provinces du diocèse d'Orient les mêmes droits qu'il a reconnus et garantis aux sièges de Rome et d'Alexandrie sur les provinces d'Occident et d'Egypte. Les  éparchies d'Héraclée, d'Ephèse et de Césarée visées par la  remarque finale du Canon, avaient sans doute les mêmes privilèges. L'antiquité chrétienne comprit ainsi la portée du Canon nicéen,et le premier Concile de Constantinople,en 381,le reproduisit dans son deuxième Canon avec des commentaires qui dissipent toute équivoque. <<L'évêque d'Alexandrie,dit-il, doit s'occuper des affaires d'Egypte, les évêques orientaux des affaires de l'Orient, car les prérogatives reconnues à l'Eglise d'Antioche dans les Canons de Nicée seront maintenues; les évêques du diocèse d'Asie (Ephèse) ne doivent veiller qu'à ce qui concerne l'Asie; ceux du Pont à ce qui concerne l'Eglise du Pont, et ceux du diocèse de Thrace à ce qui concerne la Thrace >> Saint Jérôme ne raisonne pas autrement que le Concile de Constantinople dans ses démèlés avec Jean, évêque de Jérusalem, ce dernier avait porté l'affaire devant le tribunal de Théophile d'Alexandrie, qui lui était ouvertement favorable, sans tenir compte du métropolitain de Césarée, ni de celui d'Antioche. Le polemiste de Bethléem avait pressenti le piège, il décline l'autorité de ce tribunall et rappelle à Jean que, d'après les Canons 6 et 7 de Nicée. Antioche est la métropole générale de tout l'Orient, comme Césarée de Palestine est la métropole de cette province. Par le fait de ces deux canons, les circonscriptions patriarcales existaient déja au IV° siècle, sans que le terme fût encore en usage. Il n'est pas question, des cinq grands patriarcats de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, tels qu'ils furent reconnus et délimités par le Concile de Chalcédoine ; au IV° siècle, Jérusalem est un simple évêché soumis à la juridiction de Césarée, et Constantinople possède une préséance purement nominale, que vient de lui octroyer le Concile de Constantinople en 381. Les circonscriptions ecclésiastiques maintenues sont les mêmes que celles de Nicée, c'est -à-dire, les diocèses d'Egypte, d'Orient, d'Asie, de Thrace et de Pont avec les métropoles indiquées plus haut. Antioche conserve encore le troisième rang et passe tout de suite après Rome et Alexandrie. Déja l'ambition des prélats de Constantinople se manifeste; ils veulent s'annexer les diocèses de Thrace, d'Asie et de Pont, et ils y réussissent sans trop d'opposition. Ce trritoire ne leur suffit même pas, ils s'ingénient à faire peser leur volonté sur les diocèses d'Alexandrie et d'Antioche, et à les englober dans leur juridiction, afin de traiter d'égaux à égaux avec les patriarches d'Occident, les évêques de Rome. Leur projet échoue en partie et s'ils parviennent, en 451,à s'attribuer le premier rang en Orient, ils font naître un quatrième patriarcat, Jérusalem, sans compter les Eglises nationales qui s'organisent en Syrie et en Egypte et échapperont à leur influence.

Monastere st simeon 607

La victoire de Constantinople sur Antioche est relativement facile. Elle se trouve en présence de prélats timorés , affaiblis par un shisme local de quatre-vingts ans, compromis aux yeux de chrétienté par leurs complaisances envers Nestorius en 431, et trop éloignés de la cour impériale pour lui disputer le premier rang. Constantinople entretient à plaisir le shisme d'Antioche, en donnant un successeur à Mélèce : elle juge, près de Chalcédoine, en 394. la cause des deux évêques Badagios et Agapios, qui se disputaient le siège métropolitain de Bostra, dépendant d'Antioche; elle empiète sur les droits de cette ville dans  l'affaire  d'Ibas d'Edesse, en levant la sentence de déposition prononcée contre ses accusateurs par un Concile réuni à Antioche; en citant Ibas au tribunal de trois évêques orientaux réunis en Phénicie, une province antiochienne; en s'efforçant de diviser la Phénicie en deux provinces, sans même consulter le métropolitain et le patriarche d'Antioche; en excommuniant l'évêque de Tyr, absent, qui s'opposait à cette délimitation; en consacrant Maxime, évêque d'Antioche, contre toutes les prescriptions des anciens Conciles. Toutes ces usurpations de pouvoir, accumulées en si peu de temps, relèguent Antioche au quatrième rang et la livrent sans défense aux mains d'un ennemi plus dangereux encore qui va lui ravir trois provinces. Juvénal avait montré beaucoup de zèle et de souplesse au Concile d'Ephèse, en 431; il espérait, en effet, enlever à Césarée son titre de métropole et soustraire les trois provinces de Palestine à l'autorité de Jean d'Antioche. Celui-ci s'obstinait alors dans une rivalité  sourde aux visées de saint Cyrille et favorisait à demi les hérésies de Nestorius. La situation ne pouvait être plus favorable pour les désirs d'agrandissement que les évêques de Jérusalem nourrissaient depuis un siècle; mais toutes les tentatives du peu scrupuleux Juvénal, y compris  les fausses pièces dont il appuyait sa demande, échouèrent contre le refus absolu de saint Cyrille et du Pape. La partie n'était que remise et, dès son retour en Palestine, Juvénal s'empressa de nommer des évêques à tous les sièges qui en manquaient. On songea un instant à le séparer de la communion romaine, puis on y renonça par crainte de grossir le nombre des hérétiques, déja fort considérable.

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Date de dernière mise à jour : 16/01/2018