Votre panier est vide  Votre compte

La prière du coeur

Approche de la prière du coeur. ( par Alphonse et Rachel Goettmann )

C'est la grande tradition hésychaste de la répétition du saint Nom. La formule devenue classique dans le christianisme oriental depuis les Pères du Désert au VI° siècle, c'est : << Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur >>, synthèse extraordinaire de toute la théologie. Il est bon de s'en tenir toujours à la même invocation, car elle se fraye un chemin en nous et va pénétrer jusque dans l'inconscient. La répétition se fait lentement, dans la paix, sans chercher d'émotion ni à sentir forcément quelque chose, mais avec amour et adoration, s'en laisser saisir. Les uns préfèreront répéter sans discontinuité, sans aucun vide entre les invocations successives; pour d'autres il y aura un temps de silence entre chaque invocation afin de se laisser imprégner de sa résonance...Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas de réfléchir, de retenir l'intellect en haut par une activité discursive sur les mots prononcés, mais de pénétrer leur sens intuitif, savourer leur contenu vital. La monotonie de la répétition, loin d'être un obstacle,est un grand moyen pour restreindre précisément le champ de la conscience rationnelle et favoriser la percée vers le coeur profond. Comme on le voit, rien n'est plus simple, rien d'autre n'est requis à l'essai sinon la grâce de l'Esprit-Saint que l'on doit demander avant de commencer, car sans Lui on ne peut pas dire que "Jésus est Seigneur " ( Co 12,3 ). La voie est ouverte, mais tous n'y sont pas appelés : Chacun doit trouver son chemin avec discernement. Celui-ci est abrupt, jalonné d'épreuves, car il soulève les esprits mauvais et pervers à un combat acharné contre nous. C'est pourquoi le vrai terreau de la Prière de Jésus est l'Eglise avec le soutien constant des sacrements, en particulier de l'Eucharistie. Ceux qui essaieront d'avancer dans cette voie pourront y intégrer tout leur corps. Mais là, les conseils et la vérification des anciens sont indispensables. Assis sur un petit banc ou sur les talons, comme le conseillent certains Pères, soit dans la verticale, soit au contraire le dos incurvé jusqu'à ce que le menton vienne se poser sur le sternum. Puis diriger le regard sur le milieu de la poitrine, chercher le lieu du coeur. Dans la détende totale et l'attention la plus aiguë, faire descendre l'intellect ( la conscience claire ) dans le coeur et de là laisser jaillir la prière de Jésus, en y ramassant toute la force de notre être; corps-âme-esprit. Toute la visée est là, comme pour toute autre méditation ou prière : que l'intellect descende dans le coeur. Là est le centre de l'homme, la racine de sa substance humaine et en même temps, le locus Dei, trône de Dieu. << C'est par le coeur, dit Théophane le Reclus, que la vie divine se diffuse dans l'homme tout entier...et c'est par le coeur que l'homme entre en contact avec tout ce qui existe et peut saisir le secret même de l'univers...Le coeur est l'organe même de notre divinisation...C'est là que l'homme rencontre Dieu face à face.>> Aussi, tant que l'on ne prie qu'avec l'intellect dans la tête, on ne réalisera jamais une rencontre personnelle avec Dieu, ni avec qui que ce soit d'ailleurs. Même si l'on recommande parfois de diriger la concentration vers l'ombilic ( le nombril ) ou de <<pousser le Nom de Jésus jusque dans les entrailles>> . C'est toujours le coeur qui reste le point culminant de toute maturité spirituelle. Il est le centre intégrateur du haut ( Intellect ) et du bas ( entrailles ) , le Lieu où l'Homme redevient un. Le coeur s'ouvre quand l'homme a des racines terrestres et que l'intellect accepte de descendre de son autonomie indue, ce chemin ne peut se faire qu'à travers la purification des passions et l'exercice incessant du repentir. D'autres Pères hésychastes synchronisent respiration et répétition du Nom. Il faut " coller à notre souffle le Nom de Jésus ", dit saint Jean Climaque, comme si " la prière était continuellement respirée " écrit Hésychius. Concrètement, d'après la tradition byzantine, on peut dire " Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu " sur l'inspir et " aie pitié de moi pècheur " sur l'expir. Si la respiration est trop courte au début, partager la phrase en quatre: sur l'inspir : " Seigneur Jésus-Christ ", expir : " Fils de Dieu ", inspir : aie pitié ", expir: " de moi pécheur ". Aspirer doucement l'air avec les paroles. Au début l'intellect peut suivre le trajet de l'air pour se fixer sur le coeur jusqu'à ce qu'il y reste sans effort un jour ou l'autre. La prière est une véritable ascèse. " Le nom du Seigneur descend profondément dans le coeur, dit le moine Chrysostome, il écrase le dragon et vivifie l'âme. Il faut que notre Coeur absorbe le Seigneur et que le Seigneur absorbe notre coeur et que tous deux deviennent un ". La porière de Jésus pose donc son levier à la racine même de nos passions. Elle entre d'abord dans notre vie, comme une lampe dans les ténèbres, puis c'est comme un clair de lune, enfin c'est le lever du soleil.

Ob 8f31c3 priere coeur
Moine meditation 1

Date de dernière mise à jour : 26/07/2017